La mode du détox : physiologique ou psychologique ?

La mode du détox : physiologique ou psychologique ?

Depuis plusieurs années, le mot « detox » a envahi nos étiquettes : produits cosmétiques, compléments alimentaires, aliments, boissons, cures et thérapies, régimes… Phénomène de mode, nécessité après les fêtes, besoin d’un retour aux sources ou intox ? Nous allons essayer de vous donner quelques éléments de réflexion.

Mais que veut dire exactement « detox » ?

La détoxification est le processus par lequel notre organisme inactive les substances toxiques d’origine interne ou externe.
A noter, que la seule « vraie » cure de détoxification se pratique sous contrôle médical lorsque le patient est victime d’un empoisonnement (aux métaux lourds notamment).
La cure « détox » repose sur l’idée que notre corps accumule des toxines par son fonctionnement normal (endogène) d’une part et par l’extérieur (exogène) : l’alimentation, la pollution, les médicaments, le stress, l’alcool … d’autre part. Cette accumulation de toxines serait responsable d’un ralentissement du métabolisme, une fatigue, une prise de poids et différentes maladies. Et pour aider notre organisme à éliminer ces substances, certains pensent qu’il faut lui donner un coup de pouce.

Comment sont excrétés les déchets ?

Le corps humain possède ses propres moyens pour se débarrasser des composés toxiques : le foie, les reins, les poumons et la peau.
Le foie joue un rôle très important. Tous les produits absorbés par l’intestin et circulant dans le sang passent obligatoirement par le foie via la veine porte. Les toxiques y sont neutralisés et dégradés avant leur élimination via la vésicule biliaire ou via les reins.
La formation de la sécrétion biliaire a également lieu dans le foie, 300ml à 1 litres par jour, puis la bile est stockée dans la glande biliaire. La bile est un suc digestif mais également une voie d’excrétion de nombreuses molécules : cholestérol, bilirubine, médicaments dégradés…
Le rein joue un rôle de filtration du sang, d’élimination via la production d’urine ainsi que de régulateur de la composition du milieu intérieur (équilibre acido-basique, concentration en électrolyte, état d’hydratation…). L’urée, la créatinine et l’acide urique sont éliminées dans les urines et représentent les déchets du métabolisme azotés. Le rein produit en moyenne 1,5 litre d’urine par jour.
La peau, quant à elle, permet en particulier l’excrétion de l’acide lactique par le biais de la transpiration ainsi que différents minéraux en excès. Les poumons rejettent le CO2.

Qu’en pense le monde scientifique ?

L’idée d’augmenter le processus naturel de détoxification par l’ingestion de certains aliments ou plantes ne repose sur aucune donnée scientifique.
Normal, car les promoteurs de la détox restent toujours extrêmement flous quant à la nature de ces toxines. En 2009, l’organisation anglaise Sense About Science demanda aux fabricants de 15 produits « detox » de définir les toxines que leur produit permettait d’éliminer et la définition du mot détox : aucun ne put répondre.
Sans toxine à identifier, il est donc très difficile de produire une étude sérieuse sur les effets de tel ou tel produit.
A noter, que les processus de détoxification sont étudiés par de nombreux laboratoires pharmaceutiques. Les médicaments étant éliminés par le corps, il est important d’étudier les facteurs influençant la vitesse d’élimination appeler pharmacocinétique.

Tout le monde est d’accord

Le renforcement des processus naturels de détoxification par une alimentation particulière n’a donc aucun fondement. Par contre, il est possible d’assurer le bon fonctionnement de ces organes par une alimentation saine et régulière ainsi qu’une bonne hygiène de vie. Il est prouvé que le fait de passer d’une alimentation déséquilibrée à une alimentation plus rationnelle améliore notre état général.
La plupart des cures « détox » équilibrées sont du bons sens : un régime pauvre en calories, en graisses et en sucres et des apports hydriques importants : légumes sous forme de jus ou purée par exemple (facilitant également la digestion). L’alimentation est complétée par de bonnes nuits de sommeil (7h minimum) et un minimum de sport participant à la bonne hygiène de vie.
C’est donc plus une mise au repos des organes nettoyeurs et de l’organisme en général qu’une action directe sur les organes détoxifiants.

Le détox, d’un point de vue marketing, social et spirituel

D’un point de vue marketing, si le produit est siglé « Détox », on peut être sûr qu’il se vendra mieux et plus cher. Dans l’univers de la santé, beaucoup de personnes pensent que plus le produit est cher et mauvais au goût, meilleures seront les vertus, faisant le bonheur de toutes sortes de sociétés des produits soit disant miraculeux avec des marges très confortables.
D’un point de vue spirituel, la détox est également intéressante. « les cures détox reposent bien souvent sur un imbroglio de croyances ésotériques qui mélangent spiritualisme et nutrition ». Ainsi, après certains excès alimentaires ou d’alcool, la personne fait pénitence avec un fantasme purificateur afin de « laver » son corps. Ce concept est comparable au jeûne, présent dans la plupart des religions, qui rappelle au croyant qu’il ne faut pas consommer en excès mais avec modération.
A la base, le mot Détox a vocation à purifier l’organisme mais il se confond de plus en plus avec régime… Ces mots répondent aux envies d’une population « surchargée » de sucres, de graisses, de poids, etc, mais aussi, par ricochet, en proie à des carences en vitamines, en oligo-éléments. Bref d’une population « intoxiquée » et en manque de santé.

La « detox » on la fait tous spontanément.

Il faut dire qu’après des excès (fêtes de fin d’année, soirées arrosées)… notre corps demande assez spontanément pendant quelques jours, un apport en calorie réduit.

De quelles plantes devrait se composer une boisson détox ?

Afin de « potentiellement aider » le corps à mieux éliminer les déchets, on va utiliser des plantes « dépuratives » en activant les fonctions hépatiques et rénales, les deux principaux organes de l’excrétion des déchets. Parmi les plantes réputées actives sur le foie, citons le romarin, l’artichaut, la fumeterre, le radis noir, la chicorée, le chardon marie et le boldo. Parmi les plantes diurétiques, citons en particulier l’orthosiphon, le sureau noir, le pissenlit, le bouleau, les plantes à caféine…
Attention tout de même aux plantes drainantes car à moins que vous fassiez de la rétention d’eau ou que vous soyez hypertendu, vous n’avez pas besoin de produit drainant. Eliminer trop d’eau peut vous déshydrater et peut être dangereux en créant une hypotension.
De plus, méfiez-vous également du prix de certaines tisanes et de leurs gérants peu scrupuleux. Il semblerait qu'un emballage estampillé "détox" soit beaucoup plus vendeur qu'une tisane qui se vante simplement d'être de la tisane. Les prix au kilo varient de 40€ à plus de 400€! Il est donc nécessaire d’étudier soigneusement les étiquettes et de comparer les ingrédients.

Conclusion

« La volonté de maîtrise, associée au besoin de purification, correspond plus à un phénomène sociétal qu’à un besoin clinique. Toute consommation, en particulier alimentaire, est devenue objet de suspicion et les solutions « magiques » ont toujours la faveur du public. Pourtant, une semaine de randonnée, de baignade, de vélo… en mangeant trois repas équilibrés par jour, exerce tout autant la volonté, procure autant de plaisir, voire plus, et est donc beaucoup plus efficace qu’un jeûne ou une cure détox sur la même durée. Et dans ce cas, les bénéfices sont démontrés : perte durable de poids, amélioration de la respiration et du sommeil et, globalement, meilleur équilibre physiologique et psychologique » conclut la commission scientifique de l’AFDN dans son avis « Détox / Halte à l’intox » aout 2017


Source :
Fleurentin, Jacques, 2013. « Les Plantes qui nous soignent » Editions Ouest France.
Pr. David A. Bender, Décembre 2011. « The Detox Delusion » In The Biologist, Society of Biology,
Association Française des Diététiciens Nutritionnistes, Aout 2017, « Détox : halte à l’intox ! » - Communiqué de presse